Mon avis sur Tandis que je me dénude – Jessica Nelson

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La curée dans la lucarne du téléviseur !

Tandis que je me dénude, Jessica Nelson, Belfond (août 2015)

Et si en revêtant un masque on en disait plus sur soi, parce que enfin on se sent libre ?
Elle ne se dénude pas vraiment. Elle garde tous ses vêtements. Et pourtant, devant les caméras, cet auteur d’un premier roman aura l’impression d’être à découvert. Que tous – les invités du plateau, l’animateur, les téléspectateurs, le public ou encore son attachée de presse dans les coulisses – auront exploré la moindre parcelle de son corps et de son intimité, sans bienveillance aucune… Alors elle se fissure de l’intérieur, en direct. Et, tandis qu’elle s’effondre et se débat contre elle-même, consciente qu’elle est sans doute son pire ennemi, c’est son histoire qui se construit en un redoutable puzzle à mesure que se déconstruit son être.

Mon avis

Tout d’abord il faut saluer la construction du récit puisque les trois unités du théâtre classique sont respectées : le temps (1h30), le lieu (un plateau de télévision) et l’action (l’interview de trois invités).

Le thème lui-même est fascinant à bien des égards : à l’heure où tout n’est qu’image, voyeurisme, immédiateté et exhibition, qu’advient-il de notre intimité et en corollaire de notre identité ?

Pendant une heure et demi, Angie va voir se fissurer son jardin intime, son être tout entier. Une heure et demi durant laquelle elle va se perdre, se craqueler en une multitude de petits morceaux et s’en aller nue, dépossédée d’elle-même.

Une véritable curée dans la lucarne même du téléviseur !

Ce calvaire, il nous est raconté par Angie elle-même, mais pas seulement. Ce roman choral nous immerge dans les pensées intimes des autres protagonistes : spectateurs, amis, connaissances… tous ont leur mot à dire, leur vision de ce qu’ils croient voir et c’est ainsi que l’intimité d’Angie est mise à nue. Sentiment de honte, malaise… voilà bien ce que le lecteur ressent à la vue d’une Angie qui se délite sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien y faire.

C’est bel et bien notre société de l’image qui est pointée du doigt, cette nécessité de tout contrôler, nos mots, notre apparence. Tout n’est que paraître. Le temps d’être, lui, n’existe pas, il s’effiloche dans l’immédiateté des instants de vie…

Ce second roman de Jessica Nelson était ambitieux et le challenge a été brillamment relevé !

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