Mon avis sur Corps variables – Marcel Theroux

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Un Frankenstein moderne

Corps variables, Marcel Theroux, Plon (février 2015)

Un jour, un ancien petit ami passe la porte de la boutique de Susanna, c’est Nicholas Slopen. Vingt ans ont passé, elle a du mal à le reconnaître. Lorsqu’il quitte les lieux, Susanna, curieuse, tape son nom dans Google. Surprise : Nicholas Slopen est mort l’année passée, laissant derrière lui une femme et deux enfants.

Il revient. Et il fait alors à Susanna le récit d’une extraordinaire aventure, celle qui lui permet de continuer à exister dans un autre corps.

Nicholas est un chercheur, il a été engagé quelques années auparavant pour authentifier des lettres de Samuel Johnson pour le compte d’un collectionneur. Nicholas, consciencieux, a creusé, jusqu’à trouver un faussaire, un savant russe, incroyable imitateur. Fasciné par le fraudeur autant que par le sujet, Nicholas s’est embourbé trop loin dans les enjeux de l’affaire, des recherches scientifiques menées en secret sur les clés de l’identité et la possibilité de dupliquer les êtres humains à travers l’écrit.

Mon avis

« Je m’appelle Nicholas Patrick Slopen. Je suis né à Singapour le 10 avril 1970. Je suis mort le 28 septembre 2009, broyé par le passage de roue d’un camion devant la station de métro Oval.
Ce document est mon testament. Comme on le comprendra bientôt, je dispose d’un laps de temps indéterminé mais assurément bref pour expliquer les événements menant à ma mort, et pour établir la continuité de mon identité depuis. En raison des contraintes qui me sont imposées, j’espère que le lecteur ne m’en voudra pas de renoncer aux subtilités habituelles d’une autobiographie. »

Ce roman n’est ni un thriller, ni un polar, ni même un « page turner »… il est tout bonnement inclassable ce qui, à mes yeux, en fait une lecture particulière. Mélange de science fiction et de roman d’anticipation, il est construit autour d’une histoire relativement simple mais qui permet d’enclencher une vraie réflexion sur la conscience, l’âme, la mort, l’immortalité et le pouvoir des mots.

L’histoire, la voici justement : un professeur d’université anglais, spécialiste de Samuel Johnson (l’un des principaux auteurs de la littérature britannique) découvre qu’un groupe d’individus a trouvé le moyen de dupliquer la personnalité d’une personne à travers les mots et l’écrit et de l’intégrer dans un autre corps. Il s’agit donc d’une immortalité intellectuelle et spirituelle.

Vous l’aurez peut-être compris, ce roman – miroir de notre époque où les évolutions technologiques questionnent irrémédiablement la nature de l’identité humaine et le rapport au corps – est également un hommage aux œuvres littéraires qui contiendraient l’essentiel de la personnalité de leur auteur.

C’est tout simplement brillant ! Le récit est d’ailleurs particulièrement bien pensé. Les éléments de l’histoire ne sont dévoilés qu’au compte goutte et sont agrémentés de références littéraires. Les auteurs russes, notamment, sont présentés par Marcel Theroux, comme les précurseurs de cette capacité à refléter la personnalité et l’âme humaine de leurs protagonistes dans leurs oeuvres.

A travers ce Frankenstein moderne, c’est bel et bien l’humain, ses possibles, son devenir, ses fantasmes de vie éternelle, ses peur de la mort qui sont interrogés.

Se pose donc la question : qu’est-ce qui fait d’un homme ce qu’il est : ses souvenirs, son expérience, son corps, son mode d’expression ? Et si la mort n’était qu’un commencement ?

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