Top 5 des romans qui m’ont marquée en 2015 !

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Que de livres publiés en 2015 !

Il n’est pas utile de vous dire que je ne les ai pas tous lus !

Pour autant, j’ai eu eu mes coups de coeur, mes déceptions aussi, comme vous tous.

Certains livres très attendus ne m’ont pas envoûtée, d’autres, plus discrets, m’ont comblée.

Bref, comme chaque année, certains romans sortent particulièrement du lot !

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Bouleversant, Remarquable, Puissant

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, Darragh Mckeon, Belfond (août 2015)

tout-ce-qui-est-solide-se-dissout-dans-l-airDe quoi ça parle ?

Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins.
Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente.
Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé.
Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l’aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante.
Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer.
Le monde ne sera plus jamais le même.

Pourquoi il m’a marquée ?

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air nous ramène au 26 avril 1986 lorsque le réacteur de Tchernobyl entre en fusion.

On suit avec passion les destins croisés de quatre personnages pris malgré eux dans l’apocalypse de l’après-Tchernobyl. Ravages des paysages, enfer de la vie quotidienne, minces lueurs d’espoir… ce premier roman empreint d’humanité happe son lecteur et une fois pris dans ses filets, il ne le relâche plus.

Il n’est pas utile de vous dire que le récit est terriblement bouleversant. Il est porté par une écriture saisissante et poétique contrastant avec l’horreur de la situation qui est décrite.

Ne croyez pas cependant que le récit est morne, lourd et pesant. Il n’en est rien. L’auteur impose un rythme de narration permettant de ne pas sombrer dans le larmoyant ou le sentimentalisme.

De ce roman, se dégagent empathie, pudeur et compassion apportant à une histoire sombre et triste, une certaine poésie humaine.

« Une nuit, il a plu, et au matin les flaques étaient jaunes vert, comme du mercure… La forêt est devenue orange, et ils se sont dit les uns aux autres : Peut-être que le sang de mère Nature sèche et fait des croûtes ? Autour d’eux, des soldats et d’autres gars du pays enterraient tout le reste… Ils tuaient les animaux qu’ils rencontraient dans la forêt et les rôtissaient pour les manger… Ils le disaient avec ironie, amertume, mais aussi défiance : que la nature s’amène, ils la combattraient ; ils avaient tous une hache… »

Bouleversant, tragique, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air est une fresque historique poignante et tellement bien réussie…

Darragh McKeon est un jeune auteur irlandais à surveiller…

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Le phénomène Ken Liu : de la très grande SFFF

La Ménagerie de papier, Ken Liu, Le Bélial (avril 2015)

De quoi ça parle ?

« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j’arrête de pleurer pour l’observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu’à ce qu’il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon.

“Kan, dit-elle. Laohu.” Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte.

Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d’orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc.

J’effleure ce qu’a créé Maman. Sa queue bat et il se jette, joueur, sur mon doigt… »

Pourquoi il m’a marquée ?

Il était temps, ais-je envie de dire ! L’attente pour que soit édité un auteur de Science Fiction en France est toujours immensément longue  !

Et quel auteur ! Ken liu est un véritable phénomène. Né en Chine en 1976, il émigre aux Etats-Unis à l’âge de onze ans. Programmeur, traducteur et juriste, il est surtout l’un des plus brillants nouvellistes actuels de Science Fiction. Depuis une dizaine d’années, il collectionne les prix et les distinctions littéraires.

Ménagerie de papier a d’ailleurs obtenu le Hugo, le World Fantasy Award et le Nebula… ce qui demeure unique à ce jour.

Quoiqu’il en soit, le présent recueil se compose de 19 nouvelles dans lesquelles cet auteur singulier et protéiforme aborde l’humain et la technologie. Il explore le vivant dans sa complexité et pluralité ainsi que notre rapport à l’autre.

« Renaissance » évoque les mécanismes de la mémoire, « Trajectoire » l’aspiration à une vie éternelle, « Faits pour être ensemble » pointe du doigt Google et Facebook, « La forme et la pensée » la compréhension de l’autre, « Algorithme de l’amour » le cerveau…

Altérité, fonctionnement du cerveau, voyage dans l’espace… l’essence même de la SF est capturée dans ces 19 nouvelles.

Quant à LA nouvelle La ménagerie de papier, elle est un chef d’oeuvre, un véritable coup de coeur ! Émouvante, elle aborde les relations enfants/parents, les barrières qui nous séparent de l’autre, pourtant si proche, la difficulté de communiquer, de s’intégrer… d’aimer.

Fragile, bouleversante, délicate et magique à la fois, cette nouvelle est l’une des nouvelles les plus touchantes que je n’ai jamais lu ! Elle mérite véritablement les Prix Nebula, le World Fantasy Award et le Hugo !

Ken Liu, qui n’a pas encore soufflé ses 40 bougies, est sans conteste un très grand auteur de SFFF !

Il me tarde de retrouver son génie dans d’autres nouvelles et romans… Editeurs, c’est à vous de jouer !

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Une « Comédie inhumaine » contemporaine

Vernon Subutex – Tome 1 & 2, Virginie Despentes, Grasset (2015)

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De quoi ça parle ? 

Vernon Subutex est un ancien disquaire, rescapé d’un monde en voie de disparition. Beaucoup de ses amis proches sont morts, ou ont quitté Paris. Reste Alex Bleach, chanteur populaire, qui est la dernière personne de son entourage à pouvoir l’aider à payer ses factures. Un soir, Alex Bleach se filme, dans l’appartement de Vernon, sous coke. Quelques semaines plus tard, il décède d’une overdose. Vernon est expulsé de l’appartement qu’il occupait depuis dix ans. Il ne lui reste qu’à se faire héberger chez les uns, chez les autres, mais les connaissances qui lui restent ne sont pas toujours en mesure de lui apporter de l’aide.
Chasse au trésor : tout le monde (un producteur, un réalisateur, une biographe, une « privée », une star du X, une jeune fille voilée) cherche ce paumé de Vernon pour mettre la main sur les rushs exclusifs du testament halluciné de Bleach.
Chasse à l’homme : Vernon ignore qu’il est l’objet d’une traque, puisque, fauché, il squatte successivement d’appartements en appartements.
Autant de portes ouvertes sur ce que le temps a fait de ces anciens adeptes de la culture rock, aux destinées plus ou moins heureuses.
Chaque station de croix de ce Christ déjanté présente de nouveaux personnages, convoque un thème, traverse un milieu : Xavier, ou la dérive de l’extrême gauche à l’extrême droite raciste ; Laurent, ou les milieux du cinéma ; la Hyène, ou l’art du lynchage cybernétique ; Sylvie, ou la vengeance de la femme mûre humiliée ; Lydia, ou la nullité des demi-sels de l’édition ; Pamela Kant et Vodka Satana, ou grandeur et décadence des ex-stars du porno ; Daniel, transexuel bien dans sa peau ; la vénéneuse Marcia ; Kiko, ou l’obscénité cynique et folle des traders sous coke ; Patrice, ou l’homme qui ne peut s’empêcher de rouer de coups celle qu’il aime ; Selim, ou l’amertume de la classe moyenne de gauche ; Aïcha, ou la tentation religieuse…
Chaque appartement ouvre une vie, chaque destin emporte le lecteur dans un univers différent… jusqu’à ce que les fils se tissent, se croisent, pour former les motifs d’une immense tapisserie qui fait passer le lecteur, haletant, de l’autre côté du miroir.

Pourquoi il m’a marquée ?

Vernon Subutex sonne comme le nom d’un groupe de Rock… C’est en réalité un disquaire un peu « has been » qui se retrouve à la rue. A travers son périple dans un Paris désolé et une génération désenchantée, Virginie Despentes dissèque notre société, la met à nue dans ce qu’elle a de plus mauvais et en sort un diamant brut.

C’est la toute première fois que je parviens à apprécier un Despentes… Et quel coup de coeur !

Les récits de vie qui nous sont contés ont tous pour point commun la colère, la révolte face à une existence douloureuse et emplie de déception. Ces tranches de vie bouleversent ; sans doute parce qu’elles parlent de nous, de nos rages, de nos tendresses, de notre incompréhension face aux travers de nos destinées… Comme le dit la quatrième de couverture, Vernon Subutex est une « comédie inhumaine »… un roman universel, « picaresque post-moderne », servi par une écriture qui n’a pas son pareil pour submerger le lecteur d’un flot de sentiments contradictoires et jubilatoires !

Véritable rayon X, Vernon Subutex est captivant et sonne juste : il incarne nos plus grandes peurs contemporaines, il transperce nos âmes et ne laisse aucune chance aux travers de nos semblables. Dureté de la vie, trahison, jalousie, abandon… Pas toujours le meilleur de l’Homme mais depuis quand l’Homme est-il meilleur ?

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Un Frankenstein moderne

Corps variables, Marcel Theroux, Plon (février 2015)

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De quoi ça parle ?

Un jour, un ancien petit ami passe la porte de la boutique de Susanna, c’est Nicholas Slopen. Vingt ans ont passé, elle a du mal à le reconnaître. Lorsqu’il quitte les lieux, Susanna, curieuse, tape son nom dans Google. Surprise : Nicholas Slopen est mort l’année passée, laissant derrière lui une femme et deux enfants.

Il revient. Et il fait alors à Susanna le récit d’une extraordinaire aventure, celle qui lui permet de continuer à exister dans un autre corps.

Nicholas est un chercheur, il a été engagé quelques années auparavant pour authentifier des lettres de Samuel Johnson pour le compte d’un collectionneur. Nicholas, consciencieux, a creusé, jusqu’à trouver un faussaire, un savant russe, incroyable imitateur. Fasciné par le fraudeur autant que par le sujet, Nicholas s’est embourbé trop loin dans les enjeux de l’affaire, des recherches scientifiques menées en secret sur les clés de l’identité et la possibilité de dupliquer les êtres humains à travers l’écrit.

Pourquoi il m’a marquée ?

« Je m’appelle Nicholas Patrick Slopen. Je suis né à Singapour le 10 avril 1970. Je suis mort le 28 septembre 2009, broyé par le passage de roue d’un camion devant la station de métro Oval.
Ce document est mon testament. Comme on le comprendra bientôt, je dispose d’un laps de temps indéterminé mais assurément bref pour expliquer les événements menant à ma mort, et pour établir la continuité de mon identité depuis. En raison des contraintes qui me sont imposées, j’espère que le lecteur ne m’en voudra pas de renoncer aux subtilités habituelles d’une autobiographie. »

Ce roman n’est ni un thriller, ni un polar, ni même un « page turner »… il est tout bonnement inclassifiable ce qui, à mes yeux, en fait une lecture particulière. Mélange de science fiction et de roman d’anticipation, il est construit autour d’une histoire relativement simple mais qui permet d’enclencher une vraie réflexion sur la conscience, l’âme, la mort, l’immortalité et le pouvoir des mots.

L’histoire, la voici justement : un professeur d’université anglais, spécialiste de Samuel Johnson (l’un des principaux auteurs de la littérature britannique) découvre qu’un groupe d’individus a trouvé le moyen de dupliquer la personnalité d’une personne à travers les mots et l’écrit et de l’intégrer dans un autre corps. Il s’agit donc d’une immortalité intellectuelle et spirituelle.

Vous l’aurez peut-être compris, ce roman – miroir de notre époque où les évolutions technologiques questionnent irrémédiablement la nature de l’identité humaine et le rapport au corps – est également un hommage aux œuvres littéraires qui contiendraient l’essentiel de la personnalité de leur auteur.

C’est tout simplement brillant ! Le récit est d’ailleurs particulièrement bien pensé. Les éléments de l’histoire ne sont dévoilés qu’au compte goutte et sont agrémentés de références littéraires. Les auteurs russes, notamment, sont présentés par Marcel Theroux, comme les précurseurs de cette capacité à refléter la personnalité et l’âme humaine de leurs protagonistes dans leurs oeuvres.

A travers ce Frankenstein moderne, c’est bel et bien l’humain, ses possibles, son devenir, ses fantasmes de vie éternelle, ses peur de la mort qui sont interrogés.

Se pose donc la question : qu’est-ce qui fait d’un homme ce qu’il est : ses souvenirs, son expérience, son corps, son mode d’expression ? Et si la mort n’était qu’un commencement ?

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La curée dans la lucarne du téléviseur !

Tandis que je me dénude, Jessica Nelson, Belfond (août 2015)

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De quoi ça parle ?

Et si en revêtant un masque on en disait plus sur soi, parce que enfin on se sent libre ?
Elle ne se dénude pas vraiment. Elle garde tous ses vêtements. Et pourtant, devant les caméras, cet auteur d’un premier roman aura l’impression d’être à découvert. Que tous – les invités du plateau, l’animateur, les téléspectateurs, le public ou encore son attachée de presse dans les coulisses – auront exploré la moindre parcelle de son corps et de son intimité, sans bienveillance aucune… Alors elle se fissure de l’intérieur, en direct. Et, tandis qu’elle s’effondre et se débat contre elle-même, consciente qu’elle est sans doute son pire ennemi, c’est son histoire qui se construit en un redoutable puzzle à mesure que se déconstruit son être.

Pourquoi il m’a marquée ?

Tout d’abord il faut saluer la construction du récit puisque les trois unités du théâtre classique sont respectées : le temps (1h30), le lieu (un plateau de télévision) et l’action (l’interview de trois invités).

Le thème lui-même est fascinant à bien des égards : à l’heure où tout n’est qu’image, voyeurisme, immédiateté et exhibition, qu’advient-il de notre intimité et en corollaire de notre identité ?

Pendant une heure et demi, Angie va voir se fissurer son jardin intime, son être tout entier. Une heure et demi durant laquelle elle va se perdre, se craqueler en une multitude de petits morceaux et s’en aller nue, dépossédée d’elle-même.

Une véritable curée dans la lucarne même du téléviseur !

Ce calvaire, il nous est raconté par Angie elle-même, mais pas seulement. Ce roman choral nous immerge dans les pensées intimes des autres protagonistes : spectateurs, amis, connaissances… tous ont leur mot à dire, leur vision de ce qu’ils croient voir et c’est ainsi que l’intimité d’Angie est mise à nue. Sentiment de honte, malaise… voilà bien ce que le lecteur ressent à la vue d’une Angie qui se délite sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien y faire.

C’est bel et bien notre société de l’image qui est pointée du doigt, cette nécessité de tout contrôler, nos mots, notre apparence. Tout n’est que paraître. Le temps d’être, lui, n’existe pas, il s’effiloche dans l’immédiateté des instants de vie…

Ce second roman de Jessica Nelson était ambitieux et le challenge a été brillamment relevé !

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