Le steampunk : un écran de fumée libre et rebelle !

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Grâce à Chloé et à sa formidable critique littéraire de Regrets mécaniques de Michèle Devernay publiée sur L’Ivre de Lire, j’ai décidé aujourd’hui de me pencher sur le steampunk, un genre peu connu de la littérature de l’imaginaire.

Steampunk, je vous l’accorde, est un terme bien étrange… encore plus étrange lorsqu’on le traduit littéralement : « punk à vapeur ».

Vous me direz, que vient faire un punk dans toute cette histoire ? En réalité, le nom est né dans un éclat de rire (et de vapeur) ; une explosion ironique destinée à enfumer les journalistes souvent avides de catégorisation à outrance.

Le steampunk ne se considérait donc nullement comme un mouvement sérieux. Il n’était au départ qu’un pied de nez aux genres dits « sérieux » des littératures de l’imaginaire, et plus spécifiquement une boutade railleuse au sombre « cyberpunk ».

Ne cherchait donc pas de manifeste ou de traité d’intention, encore moins une petite fée qui aurait agité son stylo magique au-dessus d’un berceau… Non, le steampunk est né par accident… de ceux qui font souvent les plus beaux bébés !

Et pour cause ! Le steampunk est une invitation à voir le monde autrement… vraiment autrement : machines à vapeur et à engrenages, octopus mécaniques, automates mangeurs d’opium, corsets en cuir, hauts de forme, lunettes d’aviateur, écharpes flottant au vent, alchimistes dingos et inventions infernales…

Le steampunk vous happe et ne vous lâche plus. Son imaginarium est d’une telle richesse qu’il s’immisce dans votre vision esthétique du monde.

Le steampunk : à toute vapeur !

Inventé dans les années 1970 par K. W. Jeter pour définir les fantaisies victoriennes qu’il écrivait avec Tim Powers et James P. Blaylock, le steampunk se définit comme une uchronie ; un monde parallèle au notre dans lequel un événement passé a été modifié. La société qui découle des changements induits par cet événement en fait un monde totalement différent, voire opposé à celui que nous connaissons. Un journaliste américain, Douglas Fetherling, l’a défini comme un genre qui imagine « jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt ».

Dans l’univers steampunk, c’est la machine à vapeur et son perfectionnement comme source de toute technologie qui pose le préambule de l’uchronie. Il en découle un XIXème siècle fantasmé, rétro-futuriste ; un savant mélange d’époque et de technologie.

Et contrairement à la science-fiction, le steampunk n’a pas besoin d’expliquer la technologie utilisée. Ici, le mystère est entretenu et fait partie intégrante de l’imagerie steampunk : « Mon électricité n’est pas celle de tout le monde, et c’est là tout ce que vous me permettrez de vous en dire » (Jules Verne, Vingt Mille Lieux sous les mers).

De même, le steampunk n’incorpore pas les changements historiques et les réflexions politiques et philosophiques induites par la révolution industrielle. Il n’est ainsi pas rare de retrouver de nombreux anachronismes qui dénotent l’importance donné à l’esthétique plutôt qu’au questionnement politique et philosophique.

En somme, le steampunk ne rend aucun compte et s’affranchit de toutes limites ! Véritable écran de fumée, il est libre et rebelle et c’est bien en ce sens que doit s’entendre le suffixe punk !

Dès lors, le steampunk s’éloigne sensiblement de la dystopie : une contre-utopie ou plus spécifiquement un récit de fiction se déroulant dans un futur d’anticipation très sombre – une manière d’anticiper les dérives de la société et d’en exposer les conséquences. Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932) et 1984 de George Orwell (1949), et plus récemment 2084 – La fin du monde de Boualem Sansal (2015) en sont de parfaits exemples.

La Steam-lit : punk et rebelle !

Le steampunk est loin d’être un genre littéraire nouveau ; il a simplement été découvert que récemment par le grand public. Cependant, il est parfois si difficile à définir qu’il n’est pas toujours aisé de le figer dans une seule et même étiquette. Et je ne peux que glorifier cet état de fait !

Le génie du steampunk est d’être anti-conformiste ! Un zeste de magie et il se rapproche sensiblement de la fantasy urbaine ; un soupçon de voyages dans le temps et d’univers parallèles et le voilà science-fiction ; un brin de dystopie et il devient cyberpunk.

Le steampunk est protéiforme et fait tomber les barrières entre les genres littéraires ! Lieu de fusion des genres et des thématiques, il se mêle au récit d’aventures, au polar, au western et y apporte ses couleurs cuivrées, ses personnages hauts en couleur, ses machines surdimensionnées et ses brumes londoniennes.

Face à la perméabilité d’un tel genre, un dilemme se pose : doit-on catégoriser et donc simplifier les différents genres afin de permettre aux lecteurs de mieux trouver les lectures qu’ils affectionnent ou doit-on, au contraire, éviter d’enfermer à outrance les auteurs et les lecteurs dans des genres bien définis ?

La littérature de l’imaginaire étant par essence une littérature où tout est possible, où l’imagination humaine n’a pas de limites, j’aurais tendance à ne pas tenter de tout sectoriser. Bien évidemment, les catégories restent utiles et sont parfois nécessaires. Mais je suis d’avis que ce n’est pas au récit de de se conformer au genre, mais bel et bien le contraire !

D’ailleurs, le steampunk n’est pas uniquement un genre littéraire, c’est un véritable mouvement culturel qui s’adapte à de nombreux supports. Encore une fois, les frontières sont dépassées et les conventions rompues… pour notre plus grand plaisir !

Le steampunk : ça vaporise !

La vapeur n’ayant aucune limite, le steampunk est un véritable mouvement culturel qui touche à de nombreux domaines. Phénomène de mode à part entière, il peut s’adapter à des objets de tout genre, des vêtements certes mais également des appareils high-tech et des objets d’usage quotidien comme un téléphone portable, un ordinateur, une chaussure, une moto, un stylo, une clé USB, une guitare…

Le steampunk est également une formidable source d’inspiration aussi bien pour les dessinateurs de BD et de mangas que pour les réalisateurs de films et les développeurs de jeux vidéo.

Pour ne citer que quelques exemples, la BD de Jacques Tardi Le Démon des glaces et sa série Adèle Blanc-Sec dépeint avec brio l’esthétique singulière de l’univers steampunk. Il en va de même pour la série de Comics La Ligue des Gentlemen extraordinaires (1999) d’Alan Moore et Kevin O’Neill (adaptée au cinéma par Stephen Norrigton en 2003 et mettant en scène Sean Connery). D’autres œuvres cinématographiques possèdent également une forte esthétique Steampunk : Le Château dans le ciel (1986) et Le Château ambulant (2004) d’Hayao Miyazaki ou encore Steamboy réalisé par Katsuhiro Otomo (2004). Quant aux jeux vidéos, les adeptes citeraient volontiers le jeu de rôle Arcanum : Of Steamworks and Magick Obscura. En littérature de jeunesse, l’excellente trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman (1995 − 2000) dédie une partie entière à un univers parallèle ressemblant à notre XIXe siècle.

Le steampunk a la vapeur en poupe et je suis persuadée qu’il n’a fini de nous surprendre ! Tardi l’avait d’ailleurs très bien compris avec son Adèle Blanc-Sec, une héroïne totalement steampunk !

Et qui sait, l’avenir littéraire sera peut-être steampunk. Alors, à vos dirigeables ! Au pays de Zola et Hugo, on n’a pas fini de se vaporiser !

4 commentaires

  1. Bragelonne a déjà sorti quelques perles dans le genre, malheureusement trop confidentiel : je conseille outre les grands classiques comme les célèbres « confessions d’un automate mangeur d’opium » ou l’oeuvre de J. Verne, la série des aventures de Sylvo Sylvain, écrites par Raphael Albert (Rue Farfadet, Avant le déluge, Confessions d’un elfe fumeur de lotus ) ou encore Springheeled Jack chez Bragelonne ou l’excellent « New Victoria » 🙂

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