Tueries dans les écoles américaines : ouvrez donc les yeux !

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Fervente partisane du contrôle des armes aux Etats-Unis (et partour ailleurs), je ne peux que regarder, avec désarroi, la survenue d’un énième incident. Incident… comme si le fait d’ôter la vie était devenu une habitude, un acte qui ne choque plus personne… comme s’il s’agissait d’un aléa de la vie qu’on ne peut contrôler, qu’on ne peut prévoir.

Vous n’imaginez pas à quel point certains aspects de la société américaine me mettent en colère ! M’exaspèrent ! En dépit des nombreux « incidents » qui surviennent aux Etats-Unis où le second amendement est roi, on se sait que trop bien que rien ne changera, rien n’évoluera et que les mentalités resteront ancrées dans la certitude erronée qu’il faut pouvoir avoir les moyens de se défendre, à tout moment, contre n’importe qui, quelques soient les circonstances !

La fusillade survenue sur l’Umpqua Community College, dans l’Oregon le 1er octobre dernier n’est qu’un massacre de plus dans la longue liste des fusillades que le sol américain a connu. Une tuerie dont le bilan provisoire est lourd : 10 morts et 7 blessés. Le président Barack Obama a su trouver les mots justes, à mon avis, en évoquant l’aspect routinier de ces « incidents » aux Etats-Unis.

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D’ailleurs, pour ceux qui l’ignorent, la dernière fusillade datait de la veille ! Elle s’est produite dans un lycée du Dakota du sud mercredi 30 septembre et a fait un blessé. Une autre fusillade était survenue début septembre dans une université de Sacramento et avait fait un mort et deux blessés.

Une société rétive !

Lorsqu’on analyse la fréquence de ce type d’évènements, on se demande bien pourquoi les américains ne parviennent pas à dépasser ce besoin viscéral de se protéger et de disposer d’une arme à feu ! J’entends déjà les défenseurs du second amendement me dire que ce n’est pas l’arme qui tue mais bien celui qui presse la détente. Certes… mais l’envie d’agir serait nettement atténuée si le moyen n’était pas aussi accessible ! Surtout, lorsque les fusillades sont le fruit d’une pensée impulsive, disposer d’ores et déjà du moyen pour assouvir cette idée macabre ne permet aucun rempart ! L’idée se concrétise naturellement par le simple fait que les armes sont disponibles ! Si une personne instable avait l’idée de commettre un véritable massacre mais que le moyen pour accomplir son acte n’était pas aussi facilement à sa portée, je suis convaincue que ces fusillades seraient nettement moins nombreuses !

Alors oui, le contrôle des armes est pour moi une priorité ! Oui, je pense qu’il s’agit d’un rempart qui peut éviter les tueries, massacres et autres fusillades dans les lycées et universités américaines.

Il s’agit bien évidemment d’un élément de réponse… mais l’affaire est plus complexe. Il s’agit ici de comprendre pourquoi certains sont amenés à commettre de telles atrocités. Je reviens naturellement à l’une des plus meurtrières tueries que la société américaine ait connu : celle de Columbine où pas un, mais deux adolescents avaient mis en place un plan machiavélique pour détruire leur lycée et prendre leur revanche sur un système injuste.

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Rapidement, les médias ont cherché les raisons de leur action. Et leurs conclusions ont été hâtives, minimalistes, et surtout ne permettaient pas un véritable débat sur le fonctionnement même de la société américaine. Pourtant, les questions étaient nombreuses et auraient du soulever les masses ! Mais il était plus simple de conclure que ces adolescents n’étaient que des psychopathes et que, quelque soit la législation sur les armes ou les conditions de vie dans leur lycée, rien n’aurait finalement pu empêcher le massacre !

Un peu facile, ne trouvez-vous pas ! Une manière très habile de clore le débat, de se déculpabiliser et de refuser de voir la vérité en face !

Comment une société peut-elle évoluer si rien n’y personne ne permet de poser les bonnes questions ? Comment une prise de conscience peut-elle se faire si personne ne veut rien entendre ?

Et il semblerait que pour chaque acte meurtrier survenu dans une école, un lycée, une université, la rhétorique médiatique demeure la même – rhétorique médiatique qui, à chaque fois, s’empresse de rechercher un héro et qui éloigne les américains encore plus des questions légitimes qu’ils devraient se poser ! Rien donc, dans le débat public, ne permet de sortir de l’impasse. Rien donc ne permet de faire vaciller la NRA et ses fervents partisans.

Un système éducatif envenimé !

Surtout, rien ne permet de mettre le doigt sur les dysfonctionnements du système scolaire et éducatif américain. Je dois avouer que je suis heureuse, qu’en France, nos lycées ne connaissent pas cette hiérarchie sociale typique des écoles américaines. Véritables systèm !es de castes, elles exacerbent l’importance d’être populaire. Les sportifs, les pompom gilrs d’un côté et de l’autre côté, le reste du troupeau, des outsiders, des élèves lambdas qui pâtissent chaque jour d’un système qui les humilie, les ignore, les heurte.

En France, certes, cette hiérarchie existe et beaucoup, comme moi, ont subi des brimades, des humiliations parce qu’ils n’étaient pas populaires, parce qu’ils s’habillaient différemment, parce que leur physique ne correspondait pas à certaines normes sociales. Je suis persuadée que nombreux sont ceux qui, un jour, ont rêvé, en silence, de se venger, de faire payer à leurs bourreaux les nombreux déboires qu’ils leur ont fait subir. Mais dans la plupart des cas, cette pensée est restée une simple idée, un fantasme et le quotidien a repris sa place. Certains ont enduré et sont parvenus à s’extirper de cet enfer en obtenant enfin leur bac, mais en étant marqués à vie. D’autres, n’ont pas trouvé la force et ont opté pour une solution radicale : celle de prendre sa propre vie pour échapper à l’enfer d’une vie qui pourtant n’en était qu’à ses balbutiements.

Pour avoir moi-même voulu prendre cette voie, je sais combien la tentation d’en finir semblait la seule et unique option. A présent, du haut de mes 31 ans et consciente du chemin parcouru, je sais que lutter en valait la peine… Je sais aussi que les cicatrices ne se referment pas et que ma personnalité en a douloureusement pâti. Espiègle, bavarde, ouverte, sans peur… ces traits de caractère ne sont plus miens. L’épreuve du collège et du lycée m’a rendue timide, timorée, apeurée, en manque de confiance mais plus encore a développé en moi un profond dégoût de moi-même, un sentiment constant de honte… Depuis chaque jour est une lutte pour contrer ces pensées négatives… Et bien que la vie m’offre à présent bien plus d’espoir, il n’en demeure pas moins le regret de ne pas être celle que j’aurais pu devenir ; le regret d’avoir été tout de même brisée et de devoir à présent me battre contre moi-même pour avancer, pour réussir, pour vivre tout simplement une existence sereine.

Bref, je me suis un petit peu éloignée du propos de cet article. Je pense simplement que mon cas personnel explore une problématique que, malheureusement, trop d’élèves connaissent. Et, pour en revenir à la situation des lycées et campus américains, je ne peux que deviner la souffrance endurée par celles et ceux qui évoluent au quotidien dans un système qui les rejettent et qui les brisent à petits feux… Et si, un jour, l’envie se fait sentir de se venger, de contre-attaquer, les moyens pour le faire sont à leur disposition.

Un serpent qui se mord la queue !

Voilà pourquoi, la réponse à ces « incidents » quotidiens se doit d’être multi-dimensionnelle : il s’agit d’une véritable réflexion et remise en question de la société américaine, de son système éducatif et, en parallèle, du positionnement d’une grande majorité des américains vis à vis du port d’armes. En définitive, c’est une véritable révolution sociale et culturelle dont le pays a besoin… Mais, vous comme moi, nous savons que rien de tel ne semble se dessiner à l’horizon. Il faudra malheureusement de nombreux autres massacres, pour qu’un jour, peut-être, quelque chose change, quelque chose de bon ressorte de ces actes de violence.

Et je dois vous avouer que je suis plutôt pessimiste. Je ne crois pas, qu’un jour, la société américaine parviendra à dépasser son besoin viscéral de s’accrocher à son second amendement – un amendement qui date du 15 décembre 1791 – et qui s’est ancré dans la société aussi profondément qu’un vers s’attache à pourrir le fruit qu’il dévore.

Seul l’avenir nous le dira et j’espère me tromper. D’ici là, je pense que je n’ai pas fini d’enrager devant ma télé à l’annonce d’autres tueries et d’autres massacres qui ne conduiront à aucun bouleversement et qui permettront même à la NRA de crier haut et fort que face à de telles menaces, les américains ont bien raison de s’armer et de se défendre. D’ailleurs, de plus en plus d’États américains autorisent désormais le port d’armes dans leurs universités…

C’est vraiment le serpent qui se mort la queue. A force, on pourrait croire qu’il s’en lasserait. Mais non, le serpent poursuit sa danse et avec lui, les morts s’amoncellent et le puissant lobby américain continue de se frotter les mains !

Et que Dieu bénisse l’Amérique ! Ils en ont bien besoin !

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