La place des femmes dans le metal symphonique

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Le metal symphonique se caractérise par une musique sombre, hypnotique, mélancolique, et romantique. Il associe différentes formes de « metal » et des arrangements symphoniques mettant en exergue la mélodie.

Plus spécifiquement, ce site de référence définit le metal symphonique comme « la rencontre fortuite d’une guitare électrique et d’une partition classique sur une table de mixage ».

Apparu dans les années 1990, il se caractérisait par la présence de chanteuses lyriques : Tarja Turunen (Nightwish), Sharon Den Adel (Within Temptation) Simone Simons (Epica), Liv Kristin (Leaves’ Eyes) ou encore Cristina Scabbia (Lacuna Coil)…

Cette « nouveauté » a permis de féminiser un milieu hautement masculin. Non seulement les chanteuses se voyaient octroyer une position charismatique et centrale pour ces groupes mais la présence même de femmes dans un groupe de metal a permis de féminiser un public jusque-là masculin et d’atteindre une plus large audience.

Pour autant, ces chanteuses n’ont toujours pas acquis la légitimité qu’elles méritent. Nombreux sont les commentaires sur youtube les accusant de dénaturer le metal : « Women dont belong in metal. Stop destroying this music. At least, stop labelling yourself as metal ». Cette posture masculine discrédite la place des femmes dans ce milieu machiste et renforce l’idée selon laquelle le metal symphonique est un « metal à chanteuse », un « metal symphonique à corsets » (en référence au look de ces chanteuses). Déléguées à un rôle purement visuel, les chanteuses ne sont pas « appréciées » à leur juste valeur, c’est à dire pour leurs voix et la musique en tant que telle. C’est ainsi que le magazine Revolver publie chaque année un calendrier des « Hottest Chicks » du metal (les nanas les plus chaudes du metal). Une habitude qui ne fait que confirmer que ce qui prime avant tout est la plastique des artistes et non pas leur talent musical !

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En tant que femme adepte de ce style musical, cette posture est insoutenable. Surtout, elle démontre qu’il n’y a eu aucune évolution notable en 20 ans ! Le metal demeure un milieu masculin.

A ce stade, il devient intéressant de comprendre pourquoi il existe un tel statu quo et pourquoi les chanteuses sont toujours autant reléguées à un rôle purement physique et visuel.

En premier lieu, il est important de comprendre que la chanteuse cristallise très souvent un imaginaire réduit à la féminité : soit elle se trouve confinée au rôle de déesse angélique soit à celui de diva sexy. Par exemple, Sharon Den Adel apparaît en tant que Mère Nature sur la pochette de l’albulm Mother Earth.

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Dans la même idée, elle prend la figure de la Justice sur la pochette de The Heart of Everything. La chanteuse semble reléguée aux rôles d’allégorie : la pureté immaculée.

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A l’opposé, on retrouve la chanteuse d’Epica, Simone Simons qui endosse le rôle de tentatrice sur le pochette de The Divine Conspiracy.

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A noter d’ailleurs que le concept de l’album lui-même est révélateur : Dieu aurait en effet mis à l’épreuve les hommes afin qu’ils reconnaissent que les religions, en dépit de leur différences, sont toutes leurs sœurs. Or, lorsqu’on étudie la pochette de l’album, il semblerait que le femme soit une « conspiration divine » (Eve dans ce cas précis). La grande question qui se pose est alors de savoir si le groupe lui-même est conscient de ce discours et du rôle que leur chanteuse endosse.

Nightwish est allé très loin dans la répartition des genres. Dans leur clip Bye Bye Beautiful, le groupe a remplacé ses musiciens par des femmes se caractérisant seulement par un physique très avantageux ! N’y aurait-il donc aucune place pour de réelles musiciennes dans le metal symphonique ? Représenteraient-elles uniquement une version très stéréotypée de la féminité ; une féminité ayant pour rôle unique de satisfaire les yeux d’un public masculin ?

Dès lors, les chanteuses deviennent une vitrine qui, en dépit des leurs performances vocales, ne sont pas reconnues et estimées comme de véritables musiciennes. Les photos promotionnelles en sont la preuve flagrante. Avantageusement isolées au centre et vêtues de corsets, elles donnent l’impression de poser avec leur backing band.

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Bien évidemment, cette configuration est compréhensible compte tenu du fait qu’il est coutume de donner une place centrale aux chanteurs/chanteuses. Néanmoins, ce focus placé sur la chanteuse accentue davantage la séparation des genres.

A ce stade de l’analyse, il devient évident que l’hyper visibilité de la chanteuse n’est en réalité qu’une stratégie commerciale. La chanteuse devient un signal vendeur. Dès lors, l’intégration même d’une chanteuse peut-être perçue comme un phénomène de mode.

C’est dans ce contexte qu’est sans doute apparue l’appellation horrible de « metal à chanteuse » ! L’émergence d’une telle catégorie démontre que la présence de femmes est tellement minoritaire qu’il a été nécessaire d’en créer une catégorie à part entière. Plus encore, le style de musique est désormais défini par la présence même d’une femme comme s’il n’existait qu’un seul type de « metal à chanteuse » : le metal symphonique. Cet amalgame est plus que réducteur. Dirions-nous d’un groupe de metal composé d’hommes qu’il s’agit d’un groupe de « metal à chanteur » ? J’en doute grandement.

L’appellation « metal à chanteuse » cantonne les femmes dans un style musical et accentue l’usage des stéréotypes. Or, cette expression tout comme celle de « metal à corsets » ne suffisent pas à définir le métal symphonique. Ces appellations sont méprisantes et tellement réductrices !

Fort heureusement, la scène offre un espace de liberté aux chanteuses, leur permettant dès lors de réduire la séparation des sexes. Ainsi, si les groupes sont parfois guidés par un imaginaire relativement étroit et dévalorisant pour leurs chanteuses, sur scène, chacun joue son rôle avec une certaine distance. Plus de visages figés, de poses renfrognées et de séparation entre les membres du groupe comme sur les photos promo : la scène offre une possibilité d’interaction, de complicité et de dialogue, dont la tendance « beauty and the beast » est peut-être le meilleur exemple.

(Sources utilisées : Metal Symphonique Wikipedia, Spirit of Metal, Métalorgie, Cultures Genre, Utopie on Line)

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