« À quoi sert le cinéma, s’il vient après la littérature ? »

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« À quoi sert le cinéma, s’il vient après la littérature ? »

Jean-luc Godart se l’est demandé. Vous aussi peut-être… Quant à moi ? Pas tant que cela. Peut-être parce que je fais partie d’une génération où l’adaptation littéraire est devenue une habitude. Ou peut-être simplement parce que mon jugement se fait au cas par cas.

Depuis toujours, le cinéma adapte et cette tendance ne s’essouffle pas. Bien au contraire. Les professionnels estiment que sur dix films qui sortent aujourd’hui en France, quatre sont tirés de livres. Un phénomène qui pose irrémédiablement la question des relations entre le 7ème art et la littérature.

Cinéma et littérature : un couple qui fonctionne

Nombreux sont les réalisateurs qui ont fait le choix de porter à l’écran des œuvres littéraires : Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, Breakfast at Tiffany’s de Truman Capote, Les Raisins de la colère de John Steinbeck…

Parfois même, un film obtient un tel succès qu’il en devient plus célèbre que le texte original. C’est le cas de l’adaptation des Oiseaux par Alfred Hitchock inspirée, je vous le rappelle de la nouvelle de Daphné Du Maurier (j’avoue que je ne m’en souvenais pas non plus).

Ce qui est vrai pour les Etats-Unis et Hollywood l’est aussi en France : on ne compte plus le nombre de films tirés des Misérables ! Et tout récemment, l’adaptation du Petit Prince sur le grand écran a fait couler un peu d’encre.

Non seulement l’adaptation littéraire a le vent en poupe, mais surtout elle se professionnalise. Et qui dit professionnalisation, dit aussi profit !  Tout commence, bien évidemment, par l’achat des droits de certains best-sellers. Pour information, la vente des droits du best-seller L’empire des loups de Jean-Christophe Grangé s’élevait à 1 million d’euros. Pour l’édition française, l’opération est plus que bénéfique : entre 2000 et 2007, « le chiffre d’affaires généré (…) par les droits cinématographiques est passé, selon Roland Neinhart, de 3,5 millions à 5 millions d’euros ».

Les producteurs y gagnent également. Il est toujours judicieux de miser sur une œuvre littéraire qui a d’ores et déjà conquis un large public… public qui sera sans nul doute curieux de la redécouvrir en film. A cela s’ajoute un casting « bankable » et la recette du succès est assuré : Gatsby le magnifique par Baz Luhrmann en est une preuve évidente.

Outre la manne financière que les œuvres littéraires adaptées au cinéma représentent, elles profitent d’une reconnaissance certaine lors de cérémonies de remises de prix : en 2013, Abdellatif Kechiche a ainsi obtenu sa première Palme d’Or pour son film La vie d’Adèle inspiré de la BD Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. Ce type de manifestation est souvent l’occasion d’une réédition et souvent même d’un changement de couverture. De quoi ravir les éditeurs.

Cinéma et littérature… ou du moins éditeurs profitent donc grandement des passerelles ainsi créées entre leurs deux mondes. Pourtant, il n’existe à ce jour aucune manifestation, aucun festival d’envergure internationale qui mettrait directement en relations l’univers du livre et celui du septième art….

Cinéma et littérature : des relations de plus en plus normalisées

L’absence d’un cadre spécifique où éditeurs et producteurs pourraient se rencontrer n’empêche pas pour autant les accointances. Les grandes maisons d’édition se dotent de plus en plus d’un service spécifiquement dédié à la gestion des droits vers l’audiovisuel. Les producteurs sont ainsi rapidement informés des sorties de livres pouvant éventuellement faire l’objet d’une adaptation cinématographique.

Les relations entre le monde du livre et celui du cinéma se normalisent de plus en plus avec la création de sociétés exclusivement dédiées au rôle d’interface et d’intermédiaire entre les différents acteurs concernés. « Initiative Film est la première société française de conseil spécialisée dans le développement de projets audiovisuels, au service des professionnels : producteurs, scénaristes, réalisateurs, acteurs, agents artistiques… En intervenant très en amont de la production d’une œuvre, depuis la naissance de l’histoire jusqu’à la mise en préparation du film, nous accompagnons vos réflexions sur la faisabilité artistique et économique de vos projets. » Isabelle Fauvel

Le 7ème art s’invite également au Salon du Livre de Paris. « Réunis par la SCELF dont ils sont membres, les éditeurs français proposent une sélection de leurs meilleurs livres adaptables à destination des producteurs du cinéma et de l’audiovisuel. […] Près de 300 œuvres sont regroupées dans un catalogue qui donne une vision d’ensemble de la production littéraire récente. Chaque œuvre fait l’objet d’une fiche détaillée mettant en valeur son potentiel filmique. Les caractéristiques du livre sont visibles en un coup d’œil. »

Cette normalisation des relations peut décontenancer et donner l’image d’une véritable automatisation des liens entre éditeurs et producteurs. Peut-être est-ce simplement la professionnalisation d’un état de fait qui était jusqu’alors archaïque.

Du côté des auteurs, il semblerait que la situation leur soit favorable. Après tout, lorsqu’un livre est adapté au cinéma ou qu’un film tiré d’un roman est récompensé au festival de Cannes, l’auteur profite d’une publicité certaine.

Cependant, l’adaptation d’une œuvre littéraire au cinéma ne va pas toujours de soi. Certains projets n’ont ainsi jamais abouti comme le Don Quichotte de Terry Gilliam.

En dépit de ces revers, cinéma et littérature forment un duo qui fonctionne et qui continuera à fonctionner. L’adaptation littéraire est devenue une valeur sûre… peut-être même une valeur bien trop prédictive voire parfois usante. Qu’un best-seller devienne un film est devenu une norme, une question qui ne se pose même plus. Certes, on a parfois envie de voir les personnages exister mais parfois, on aimerait qu’une œuvre demeure dans notre imaginaire…

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