Critique littéraire : Le Scaphandre et le Papillon – Jean-Dominique Bauby

Certains livres vous bouleversent… Le scaphandre et le papillon est l’un d’eux.

Il raconte l’indicible… il décrit l’invivable.

Jean-Dominique Bauby est aphasique, paralysé de la tête au pied des suites d’un accident vasculaire cérébral. Il est atteint du locked-in Syndrom. Prisonnier d’un corps qui ne répond plus, seul son œil gauche lui permet de communiquer avec le monde qui l’entoure. Il aura d’ailleurs la force et la patience d’écrire cet ouvrage en clignant de l’œil. Le processus a dû être éprouvant : avec son œil, Jean-Dominique Bauby arrête l’attention de son visiteur sur les lettres de l’alphabet qu’on lui énonce et forme, petit à petit, des mots, des phrases, des pages entières… Jamais un auteur n’aura autant donné de sa personne pour achever un ouvrage. Jamais pareille prouesse ne m’aura autant bouleversée.

A travers les mots/maux, Jean-Dominique Bauby nous raconte sa prison, celle d’un homme enfermé dans un corps qui ne répond plus : son enveloppe charnelle est devenue un véritable scaphandre, hermétique, isolé du reste du monde. La solitude qui se dégage des lignes est étouffante. Elle nous prend au corps et nous rappelle combien la vie est fragile.

Le plus bouleversant peut-être est la pleine conscience de l’auteur sur sa condition. Ses capacités intellectuelles sont intactes et c’est impuissant qu’il demeure immobile, silencieux, isolé. Son seul moyen de communication est le mouvement de sa paupière gauche qui libère alors son esprit-papillon. Jamais autant un homme n’aura décrit si bien la dissociation entre un corps inerte et un esprit vivant. Il partage avec nous ses pensées les plus intimes, ses souvenirs d’une vie « normale ». Sa conscience est un papillon libre de voyager, libre de ressentir et de s’exprimer, libre de sortir de ce scaphandre inutile qu’est son corps.

Le récit est bouleversant, poétique, sarcastique aussi. Derrière les mots/maux, se dessine un homme intelligent, pudique, sincère mais aussi un homme qui a su garder le sens de l’humour malgré tout.

Le scaphandre et le papillon est indissociable de son auteur. Bien que l’écriture demeure sans relief, ce n’est finalement pas cela le plus important. Ecrire un livre en battant de l’œil… Une véritable prouesse ou peut-être une nécessité. Battre de l’œil comme battent les ailes d’un papillon… Échapper ainsi à ce qui ne peut plus être changé, se libérer des chaînes d’un corps à l’immobilité accablante et continuer ainsi à voyager…

Le récit touche mais c’est davantage le courage de l’auteur qui bouleverse.

Le 9 mars 1997, quelques jours après la publication de ce livre, Jean-Dominique Bauby meurt.

Le-scaphandre-et-le-papillon

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s