Critique littéraire : Le passager – Jean-Christophe Grangé

Mathias Freire officie au centre hospitalier spécialisé Pierre-Janet de Bordeaux en tant que psychiatre. Une nuit, un individu sans nom, sans souvenirs, sans passé, arrive aux urgences de l’hôpital. Retrouvé sur les lieux d’un crime relativement macabre (le crâne de la victime est recouvert d’une tête de taureau), l’amnésique est le suspect idéal.
Freire découvre que son patient souffre de « fugues psychiques » : il perd la mémoire et se réinvente sans cesse de nouvelles identités. Pourquoi ? Que cherche-t-il à fuir ? Freire n’aura pas le temps de résoudre cette énigme. L’homme sans passé est rapidement exécuté par deux tueurs en costume cravate. Comme un coup de théâtre en appelle souvent un autre, les empreintes digitales de Freire sont retrouvées sur les lieux du premier crime. Comment est-ce possible ? Pourquoi ne se souvient-il pas de s’être rendu à la gare Saint-Jean, là où la victime à la tête de Taureau a été retrouvée ? Et si lui aussi souffrait de « fugues psychiques » ? Et s’il était un assassin qui s’ignore ?

« Je suis l’ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible. Pour m’en sortir, une seule option : fuir l’autre. Mais si l’autre est moi-même ? »

Jean Christophe Grangé, sous couvert d’un thriller haletant et dont les ingrédients sont pourtant si simples (phrases et chapitres courts, une action soutenue, des personnages au passé trouble, de nombreux rebondissements…) utilise l’identité et ses différentes facettes afin de nous guider… et nous perdre dans un labyrinthe psychédélique cauchemardesque. L’énigme se construit autour de la découverte des différentes identités de Mathias Freire, qui, ironie du sort, officie en tant que psychiatre. De quoi nous faire perdre la tête.

Le Passager nous plonge dans un univers psychique captivant. L’identité est un concept qui m’a toujours fascinée. Grangé utilise la question du MOI profond avec habilité et de manière documentée. Les fugues psychiques sont un moyen très efficace d’examiner les origines du Mal. Au travers de ses multiples identités, Freire devient un personnage complexe, fragmenté, divisé et effrayant. A la fois clochard à Marseille, peintre fou à Nice, faussaire à Paris, il est un voyageur sans bagages ; un voyageur sans identité, sans consistance, sans réalité. Mais qui est-il réellement ?

« Je suis l’ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible ». Freire est tout à la fois et son combat pour trouver l’unicité de son être et de son esprit fait de ce roman un roman qui mérite toute votre attention. « Une seule solution : fuir l’autre. Mais si l’autre est moi-même ? »

Les pièces de ce puzzle psychologique sont intelligemment imbriquées. Le rythme est suffisamment soutenu pour nous garder en haleine tout au long de ces 750 pages. Ce n’est qu’à la dernière minute que le grand final nous est dévoilé et que la vérité éclate.

Jean Christophe Grangé, dont j’avais adulé les premières œuvres (Le vol des cigognes, Les rivières pourpres, Le concile de pierre et l’Empire des loups) ne me déçoit pas avec Le Passager. Peut-être parce qu’il aborde un thème qui irrémédiablement m’interpelle : l’identité, la fuite de soi-même, un passé douloureux qui hante et enchaîne mais surtout parce qu’il utilise avec habileté les codes du thriller. Le lecteur est tenu en haleine dans une atmosphère sanglante et angoissante. Tout ce que j’attends d’un bon thriller à la française.

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