La promotion littéraire à l’ère numérique

En 1880, Emile Zola accusait les éditeurs de trop publier. Aujourd’hui, la question du nombre de livres proposés à nos yeux de lecteurs pose la question de la visibilité des auteurs et de leurs romans.

Comme le démontre chaque année la rentrée littéraire, seuls les incontournables bénéficient de la pleine lumière alors que tant d’autres plumes restent dans l’ombre. Or, et nous le savons que trop bien, visibilité rime souvent avec succès ! Bien qu’une production éditoriale croissante signifie une plus grande diversité dans l’offre de lecture, celle-ci reste illusoire. En effet, les ventes restent concentrées sur quelques auteurs. Nous assistons à un phénomène de best-sellerisation du monde éditorial que l’éditrice Sabine Wespieser décrivait si bien : « On assiste à un changement de paradigme, où certains libraires finissent par aimer ce qu’ils vendent, et non vendre ce qu’ils aiment. »

Inexorablement, la profession d’auteur s’en trouve grandement fragilisée. Les auteurs sont poussés à prendre des risques financiers et tous, bien évidemment, n’en ont pas les moyens… Sans compter que leurs revenus liés à la vente de livres en pâtissent grandement.

Le numérique : un espace d’opportunités pour les auteurs

Dans un tel contexte, le rôle des blogs, en tant que prescripteurs, devient primordial. L’initiative de L’insatiable Charlotte, blogueuse littéraire en est une preuve. Elle s’est lancée le défi de lire, avant la fin de la rentrée littéraire, les 68 premières plumes parmi les 589 nouveaux romans à paraître entre août et octobre 2015. Le projet a fait sensation sur les réseaux sociaux ! Aujourd’hui, « 68 premières fois » comptent une quarantaine de participants, « des éditeurs enthousiasmés par l’idée, des livres qui chaque jour affluent, des tableaux excel à foison, des partenariats ambitieux qui se mettent en place, un logo dessiné en un temps record et surtout une dose de solidarité, d’envie et de passion quotidienne ».

Outre les blogs, les auteurs eux-mêmes parient de plus en plus sur les opportunités offertes par le numérique. Certes leur présence sur la scène publique n’est pas une nouveauté, mais internet et les médias et réseaux sociaux leur confèrent de nombreux espaces de visibilité qui viennent s’ajouter aux médiateurs plus traditionnels. Ainsi, alors qu’au XIXème siècle Charles Dickens se livrait à des lectures publiques pour promouvoir ses œuvres, Salman Rushdie communique aujourd’hui quotidiennement ses pensées sur Twitter auprès de plus d’1 millions d’abonnés.

Les auteurs sont ainsi de plus en plus nombreux à s’engager dans un véritable processus d’autopromotion. Des auteurs autoédités peuvent ainsi rencontrer un certain succès et attirer l’attention d’une maison d’édition traditionnelle. Ce fut le cas par exemple de John Locke, E.L. James, Agnès Martin-Lugand, Amanda Hocking ou encore Zoe Sugg, Youtubeuse, dont la success story a été relatée dans un article du Figaro.

Exceptionnels, ces cas de figure témoignent tout de même des mécanismes de visibilité qui trouvent leur origine sur internet. Internet permet aux auteurs de s’adresser directement à leur audience et de se rapprocher de leur lectorat.

Book of Knowledge via 14.media.tumblr.com
Book of Knowledge via 14.media.tumblr.com

Le numérique : déboires et dérives des auteurs

Pour autant, l’utilisation des médias et réseaux sociaux peuvent poser quelques difficultés. L’alpiniste britannique Joe Simpson, auteur de La mort suspendue pourrait vous en parler ! En 2012, il s’est retrouvé noyé sous des tweets d’insultes provenant d’élèves contraints d’étudier son livre. « Apprend à écrire imbécile illettré » fut l’un deux.

Les grands classiques de la littérature sont aussi l’objet de propos insultants. Le poème Crépuscule de Victor Hugo, issu des Contemplations, fut l’un des sujets du Bac français de 2014. Des élèves ont fortement réagi sur les réseaux sociaux. Leurs tweets étaient si injurieux et diffamatoires que je ne saurai vous les relayer… Cet article du Huffington Post vous en donnera un petit aperçu.

Internet ouvre ainsi la porte à la critique, aussi virulente soit-elle. Avec les réseaux sociaux, il n’existe aucun garde-fou. La parole est libre et se propage comme une trainée de poudre.

Certains auteurs l’ont bien compris et utilisent, à leur avantage, les médias en ligne. Comment ? En rédigeant des critiques valorisantes sur leurs propres ouvrages. C’est ce qu’on appelle communément le « sock puppeting » ou « marionnette en chaussette ». Cette expression est utilisée pour désigner une personne prétendant en être un autre sur internet. R.J Ellory, auteur de polars, a ainsi endossé de fausses identités sur internet. Big Browser, le blog du Monde relate qu’après avoir mis 5 étoiles à son roman Seul le silence, l’auteur a apporté le commentaire suivant : « c’est le livre le plus émouvant qu'(il ait) jamais vu », écrit par « l’un des plus talentueux auteurs d’aujourd’hui ».

De telles pratiques sont de plus en plus courantes, notamment dans le monde anglo-saxon. La monétisation des critiques est devenue croissante. Une enquête du New York Times a ainsi pointé du doigt le site GettingBookReviews.com. Pour 99$ il est possible d’acheter un commentaire. Entre 2010 et 2011, 4531 avis ont ainsi été commandés par des écrivains.

Il devient essentiel de lutter contre ces pratiques. Les plateformes littéraires se doivent d’adapter leurs conditions d’utilisation et de recourir à des systèmes de modération humaine ou de solutions logicielles à même de détecter les irrégularités en la matière.

Collibris, en tant que plateforme sociale littéraire en devenir compte bien être très attentive sur ce sujet !

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